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Chapitre 9

Comment je bosse avec l'IA (et ses limites)

Le chaînon qu'on ne raconte jamais : ma journée type, ce que je délègue, là où l'IA m'épate et là où elle me trahit, pour qui la méthode est faite — et le mot de la fin.

🎙️Chapitre dicté à voix haute par Alain Garnier, mis en forme avec l'IA.

1 Ma journée type

Une journée entière, trois rôles

Je bosse avec l'IA en mode journée entière. C'est la première condition : il faut du temps, des vraies plages, pas des miettes entre deux réunions.

Je ne délègue pas tout — mais le principe est clair : tout ce qui est technique est totalement délégué. Et à côté, l'IA joue deux autres rôles qui comptent autant :

  • Un partenaire d'idées. Quelqu'un avec qui tester une intuition, la retourner, la challenger.
  • La gardienne de la mémoire. C'est elle qui tient le fil de ce qu'on a décidé, écrit, tranché.

Les trois en même temps — exécutant technique, partenaire, mémoire. C'est ce mélange qui fait la puissance.


2 Là où elle m'épate

Recoller les morceaux

Ce qui est patent, c'est sa capacité à recoller les morceaux. Se rappeler des choses que je n'avais même pas explicitement posées. Donner des points de convergence. Et — c'est précieux — me ramener à la raison première quand je commence à diverger. Là-dessus, c'est franchement impressionnant.

Et puis il y a la pure technique. Être capable de débloquer des sujets complètement dingues : monter un serveur complet de A à Z, avec une chaîne CI/CD, générer le code qui va avec. Faire ça, seul, en quelques heures — c'était tout simplement impensable avant.


3 Là où elle me trahit

La falaise

Et puis, de temps en temps, ça part en sucette. Elle se perd, elle ne trouve plus, il faut la ramener dans le droit chemin.

Le plus troublant, c'est le contraste. On a été tellement bluffé par ce qu'elle sait faire qu'on est surpris, soudain, de la voir se cogner à un mur sans savoir en sortir. Sa mémoire est incroyable — mais parfois limitée, et là ça fait une falaise : d'un coup, elle passe de très intelligente à très bête.

Nous, les humains, on a l'impression d'être parfois plus moyens — mais aussi plus organiques, plus continus. L'IA, c'est l'inverse : soit c'est une super machine, soit elle est cassée. Il n'y a pas beaucoup d'entre-deux.

Savoir ça, ce n'est pas un reproche — c'est une compétence. Reconnaître le moment où elle a basculé de l'autre côté de la falaise, et reprendre la main, fait partie du métier de bosser avec elle.


4 Pour qui

Aventuriers généralistes s'abstenir… ou pas

Ça convient à ceux qui sont des aventuriers : ceux qui ont envie de tester, qui aiment faire des produits. Il faut aimer la technique, et surtout il faut aimer être généraliste — penser en même temps à la couleur de la carrosserie et au carburateur qui tombe en panne. Le design et le serveur et la doc utilisateur, parce qu'à la fin, il faut bien que l'utilisateur comprenne.

Donc ça ne convient pas aux hyper-spécialistes : le pur designer qui ne veut pas savoir comment ça marche, ou le pur technicien qui ne veut pas mettre les mains dans la doc utilisateur. Ni à ceux qui préfèrent participer au projet des autres — parce qu'ici, il faut porter un projet, et l'emmener au bout. C'est un truc d'entrepreneur.


5 L'angle mort du solo

Plus vite, pas forcément plus loin

Soyons lucides sur ce qu'on perd. Par rapport à une équipe, le solo empêche tout l'apprentissage de ce que c'est que travailler à plusieurs.

Moi, cette richesse-là, je l'ai déjà engrammée — trois boîtes, vingt produits, des années en équipe. Quelqu'un qui démarre solo, tout de suite, ne l'aura pas. Il pourra bien fabriquer des agents qui jouent au designer ou au chef de produit et lui disent « attention à ça »… mais est-ce qu'il les écoutera vraiment ? Je ne sais pas.

Le piège du solo, le voici : seul, on va plus vite — mais on ne va pas forcément plus loin. Il y a une limite, quelque part.

Et honnêtement, on n'a pas encore vu ce que ça donne dans la durée. Ça fait à peine six mois, un an, que c'est vraiment possible. On le verra dans dix ans : est-ce qu'il y aura eu des projets qui ont grandi en restant solo — ou est-ce qu'à un moment, il faut forcément passer à une équipe ? La question est ouverte, et je préfère la poser que faire semblant d'avoir la réponse.


6 Le facteur 10

Dans les deux sens

Ce qui m'a le plus surpris, ce que je n'avais pas vu venir : la fin est la plus longue. On voit très vite le truc en ligne, on se dit « ça y est, c'est fait ! ». Et en fait, non. C'est comme un déménagement : ce sont les derniers cartons qui n'en finissent pas.

Ah oui, mais il faut mettre en prod. Ah, mais il faut refaire ça. Ah, mais il faut des tests. Ah, mais il faut aller en profondeur. Ah, mais ça remet en cause la doc. Ah, mais quand les gens vont payer, qu'est-ce qu'ils voient en premier ? Un gouffre.

Le timing le prouve, chiffres à l'appui (Pilier II) : deux jours pour avoir un truc qui tourne, vingt-sept pour vraiment finir. Un facteur dix.

Le facteur dix joue dans les deux sens. Dix fois plus vite qu'une équipe pour le premier résultat — mais aussi un facteur dix entre ce premier résultat éclair et le produit fini. Et ça peut être très déceptif. Une vallée de la mort.

À un moment, je me suis dit : « putain, je ne vais jamais en voir le bout » — justement parce qu'au bout de deux jours, j'avais eu l'impression que c'était fini. Le même émerveillement qui t'accélère peut casser ton élan. Il faut le savoir pour le traverser.


7 La suite

DWG n'est pas une démo

Alors, DeepWorkGraph, c'est quoi au fond ? Pas un labo, pas une démo. Je veux en faire un produit. Le mettre sur le marché, et voir ce qui se passe dans le long terme.

Là, je partage mon expérience à chaud. Mais je veux que ça aille plus loin. Ce qui se passera ensuite — est-ce qu'un produit fait comme ça, seul avec l'IA, peut vraiment grandir ? — c'est justement la suite de l'histoire que je vais raconter.


8 Le mot de la fin

Ce qu'il faut retenir

S'il ne faut retenir qu'une seule chose de tout ce livre, la voici.

Ce qui était dur est devenu facile. Ce qui compte est resté dur.

L'IA a rendu la fabrication facile. Elle n'a rien enlevé à la difficulté du réel. Un logiciel ne naît pas dans un monde imaginaire — il se cogne au monde tel qu'il est : les vrais mails qui n'arrivent pas, les vrais utilisateurs qui ne comprennent pas, les vrais paiements qui cassent. La valeur d'un produit ne vient jamais de la facilité avec laquelle on l'a codé ; elle vient de l'énergie qu'on met à le coller au réel et à rendre vraiment service.

Ne confondez pas les deux dimensions : construire est devenu spectaculairement facile, mais rendre service à quelqu'un reste, comme toujours, un travail difficile. Il n'y a pas de business qui a de la valeur sans un vrai service rendu — et rendre service, ça se coltine, IA ou pas.

C'est incroyable, ce qu'on peut faire aujourd'hui. C'est exactement pour ça que j'ai voulu le partager. Mais l'émerveillement n'efface pas le travail rugueux avec le réel — et c'est très bien ainsi. C'est ce réel-là qui, à la fin, fait qu'un produit vaut quelque chose.